Les ânes, excédés de bâter sur leur dos
la charge de Sisyphe, insupportable offense,
envoyèrent à Zeus, aux fins de délivrance,
leurs plus fins débatteurs d'herculéens travaux !
Zeus, d'antan supportant leurs fracassants échos
assourdisseurs d'Olympe, impose à toute urgence :
la fin du tintamarre, un frein sur leur outrance...
Bref de braire en sourdine, ou sinon du fardeau !
L'âne a mis un bémol à sa voix formidable ;
l'homme a fait un effort : plus de sacs à la diable,
plus de paniers tassés ulcèrant Cadichon !...
Depuis, l'oreille en paix, c'est pour nous bénéfice
que ce holà de Zeus : que serait-ce sinon,
si l'âne, à cent pour cent, s'éclatait en caprice ?!
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Les deux ânes
Deux ânes trottinaient : l'un fier des pièces d'or
sonnant à ses paniers ; l'autre, aux sacs remplis d'orge,
pleurant d'Héphaïstos les présents de la forge,
accusait la Fortune insensible à son sort.
Le premier paradait, de sa voix de stentor
chantait, glorifiant "son" trésor à pleine gorge,
s'envolait tout léger, songeant "rêvai-je ? dors-je ?
Ou suis-je le frèrot ailé de Chrysaor ?"
D'où, se guidant au bruit, des brigands en campagne
ont surpris, pillé l'or, puis gagné la montagne :
les gardes sont sonnés, et l'âne est étourdi !
Triplement rassuré, son compagnon lui dit :
"J'ai sauvé l'essentiel : Au trésor de Cybèle
ce soir on fera fête !... et la vie est si belle."
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Le lion et le rat
Sous la patte d'un lion, un jour un brave rat
s'égara, comme Ulysse à l'antre du Cyclope.
Comme le roi d'Ithaque, époux de Pénélope,
on voudrait qu'il s'échappe, et qu'il se sauvera.
Ce fauve n'étant pas animal d'apparat,
il n'était pas sensible aux lyres de Calliope,
pas au fifre d'Orphée (on l'aurait su d'Esope),
pas au pleur d'un captif... mais il l'épargnera.
A quelque temps de là, ce félin dans la maille
d'un filet de chasseur se voit livrer bataille :
qui eut cru qu'un rongeur, d'un lion fut sauveteur,
le filin ne cèdant qu'aux dents du grignoteur ?
Cette histoire est morale, et prouve à l'évidence
qu'à toute bienfaisance un jour sa récompense.
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